Friday 18 August 2017

L’avis de Funkidole

Raphael Melki, mieux connu de la communauté des fans de Prince sous le pseudonyme « Raphy », est le créateur du site, forum, et Web TV, www.schkopi.com.  Ce forum a longtemps été ma banque d’approvisionnement, l’endroit ou je pouvais lire des news à propos de l’artiste qui m’animait le plus à cette époque et qui continue de me passionner autant aujourd’hui : Prince.

C’est pour cela que lorsque j’ai entendu parler de son ouvrage Purple Fam, j’ai tout de suite su que j’allais l’acheter et le lire avec intérêt. Au-delà d’un témoignage de fan, ce livre parle de l’addiction à un artiste (quel qu’il soit). Raphy compare souvent cette forme d’addiction a d’autres, comme celles aux jeux ou à l’alcool. Ce qui est intéressant c’est de voir la progression de son addiction mais aussi les « méfaits » qui peuvent également apparaître au fil des années. Comment la passion qui était si pure et agréable peut devenir une source de stress, d’agressivité ou d’égoïsme. Il nous raconte comment la mort de Prince à déclenché une sentiment de grand vide, mais aussi de soulagement, la course aux concerts est enfin terminée, ce qui peut également, malgré la tristesse, sonner un certain soulagement.

Loin du personnage de confession intime, Raphael redore l’image du fan en nous racontant comment il a mêlé vie sentimentale, professionnelle et sa passion pour le « chanteur » (bien plus qu’un chanteur d’où les guillemets).

Le livre s’organise en Huit chapitres, personnellement je vois trois parties se dégager.

La première est celle où il découvre Prince, et où il tombe petit à petit dans l’addiction, ou il tisse des liens avec les autres fans, pas d’ombre au tableau juste le plaisir immense de la découverte, du partage, et du secret. Il raconte une partie de son enfance, son adolescence et le début de sa vie d’adulte, même si les frontières ne sont pas clairement marquées. C’est ma partie préférée du livre, certainement car c’est celle où je m’y reconnais le plus et qui me rappelle parfois ma propre histoire.

La seconde partie englobe sa vie d’adulte avant le décès de l’Artiste. Celle ou il rencontre ses héros, celle ou il devient acteur de la vie communautaire princière en France. C’est une partie si touchante, mais où il est impossible de ne pas ressentir une part de jalousie. Personnellement je n’ai aucun problème avec ce sentiment car je pense que tout était mérité, mais cela risque de ne pas être le cas pour tout le monde. Parmi toutes ces histoires certaines valent leur pesant de cacahuète, pour faire un peu de teasing, il nous raconte des situations incongrus aux cotés de Prince, mais aussi ses différentes rencontres avec les musiciens de Minneapolis, notamment Jessie Johnson.

La dernière partie concerne l’après. Toutes les questions que le fan se pose lorsqu’il apprend qu’un artiste ayant pris une si grande place dans sa vie vient de décéder. Mais également l’incompréhension des gens face à la douleur qu’un fan addicte peut ressentir.

Il n’est pas nécessaire d’être fan de prince pour lire ce livre, car à aucun moment nous avons l’impression de lire une biographie monotone. J’ai lu des romans où la vie du personnage était beaucoup plus monotone que celle de Raphy.  Il est d’autant plus destiné a tous de par le style d’écriture travaillé, et un talent certain pour la rédaction.

La seule partie qui peut être un peu plus rébarbative pour les non-fans et celle où il raconte de façon plus factuelle les concerts, mais je te rassure cette partie n’est pas longue.

Mais pour les fans de prince, ce livre est essentiel, car il fait écho à notre vie, et à nos moments passés. Mais c‘est aussi un moyen de découvrir les choses d’un autre oeil, ainsi que les événements que seul Raphy a pu vivre. Ce livre nous permet de  lire une histoire se déroulant dans un univers princier, sans avoir affaire à une biographie de l’artiste (à ceux qui en ont plein le popotin de lire des livres biographiques organisés par ordre chronologique).

Je t’invite à regarder le site du livre pour découvrir les compléments de chapitre, RDV sur : www.purplefam.fr .

Interview de Raphy

1. Pourquoi avoir tant lutté avant d’admettre que prince était un musicien qui vous passionnait?

Je ne sais pas si on peut parler de lutte. Il faut replacer les choses dans le contexte. Comme je le dis dans le livre, à ce moment de ma vie, je suis encore un enfant, et je découvre vraiment ce qu’est être « obsédé par un artiste » avec Michael Jackson. Je le trouve « beau », impressionnant quand il danse, fantastique chanteur, et ses clips sont de véritables films. Quand Prince arrive, avec des clips comme When Doves Cry, Purple Rain ou 1999, je ne le trouve pas beau, je ne vois pas un fantastique danseur, ses clips sont rudimentaires, et sa musique pas immédiatement accessible. Donc forcément avec Jackson comme référent ca ne passe pas. Mais la musique de Prince a une particularité, c’est que si on ne l’apprécie pas toujours dès les premières écoutes, les mélodies et les sons s’installent en nous, et se répandent petit a petit comme un virus. D’ou le temps  qu’il m’a fallu avant « d’admettre ».

2. Prince a participé a la construction de votre personnalité, sa mort est elle parue comme la perte d’une personne de la famille?

Totalement. Je ne vois pas ce que je peux ajouter. Il a tellement vécu chez « nous » (je parle du foyer familiale) que ma mère a pleuré pendant une semaine en ayant aussi ce sentiment d’avoir perdu quelqu’un qu’elle connaissait. Suivre un artiste va au dela d’ecouter ses disques, c’est vivre selon son planning pratiquement. Quand Prince annonçait un nouvel album, une tournée, ou envoyait des morceaux sur internet, tout s’arrêtait pour ne se concentrer que sur lui. Aujourd’hui nous ne vivrons plus à son rythme. Vu qu’il définissait son public comme des fam pour famille, et non des fan (pour fanatique), je pense en effet qu’il souhaitait que nous ayons ce lien si particulier avec lui. Donc ma réponse est clairement oui

3. Vous parlez de certaines de vos femmes, quel rapport entretenaient elles avec l’artiste ? et avec votre passion?

Si j’évoque les femmes avec qui j’étais dans le livre, c’est pour situer un peu ou j’en suis de ma vie. Le livre évoque le parallèle qu’il y a entre mon développement personnel, et le développement de ma passion. Cette passion qui impacte sur mes études, mon travail, et donc ma vie affective.

La première femme que j’évoque apparaît aux prémices de ma passion. Elle en a donc été spectatrice, et un peu actrice. Quand Prince était en concert nous y allions ensemble. Je ne sais si seule elle écoutait « encore » Prince, mais quand nous étions ensemble, elle n’avait pas le choix. Donc elle a assisté a ce moment ou mon « fanatisme » m’a défini. Et  je pense qu’elle m’associera toujours à Prince.

La seconde est rapidement abordée. Quand je l’ai connue elle disait « j’adore Prince, je connais des gros fans ». … En entrant dans mon univers elle a compris la différence. Elle aimait bien. Mais je n’ai pas souvenir que nous soyons allés ensemble le voir sur scène. Elle était par contre partir avec moi lors de mon premier séjour a Minneapolis…. Celui ou nous sommes restés dehors. J’espère que c’est un bon souvenir pour elle. Je ne sais si elle a lu le livre.

Enfin j’évoque une 3 e personne. On va dire que c’est celle qui a été a mes côtés dans la période la plus folle, c’est a dire quand j’ai monté le site, organisé la plupart des soirées, et suivi Prince des que je le pouvais. Elle aimait énormément sa musique, mais forcément elle tempérait avec mon obsession. Elle ne dépensait pas d’argent dans Prince, ne regardait pas en boucle ses videos etc etc.. Elle aimait aller au concert, mais elle aurait pu arriver plus tard et ne pas attendre des l’aube. Disons que le folklore ne la genait pas, et qu’elle etait bien dans cet « univers », tout en acceptant que ce soit « ma passion ». Donc elle me soutenait dans ce que j’entreprenais, mais aimait moins quand cela empiétait sur notre  vie. Les querelles du forum (schkopi.com) m’empêchaient parfois de dormir ou de lacher prise…

En résumé j’ai souvent été avec des femmes qui aimaient bien ou beaucoup. Jamais avec des « fans » collectionneuses, car je pense que cela aurait été compliqué. Je ne pense pas a Prince 24/24, je ne parle pas « prince », je ne m’habille pas « prince ». Et donc etre avec des personnes un peu déconnectées de cela , ça a du bon aussi.

4. Regrettez vous d’avoir parfois été aussi obsédé par l’artiste?

Non. Absolument pas. Je croise chaque jour tellement de personnes sans passion, sans gout définit, sans ces petits bonheurs qui vous rendent vivant avec l’œil qui brille. J’ai adoré toutes les folies que j’ia pu faire. Il n’y a pratiquement aucun mauvais souvenir, et je donnerai cher pour revivre cette excitation qui va tellement me manquer. Aucun regret. A part peut être ne pas avoir vu encore plus de concert ☺

5. Penser vous que la mort de prince peut agir comme une thérapie de désintoxication?

Par la force des choses. Quand une femme vous quitte et décide de disparaître définitivement sans plus jamais donner de nouvelle ni vous permettre d’en avoir, forcément même si c’est très difficile le sevrage arrive a un moment. Meme si c’est long.

Je prends cet exemple parce que je pense que c’est avec des méthodes radicales que la disparition peut agir comme une desintoxe.  Le problème que nous allons avoir avec Prince va etre plus compliqué. L’homme a disparu. L’homme de scène a disparu. Mais pas son image, et encore moins sa musique. Malheureusement les « produits de substitution » vont se développer : les anciens groupes qui se reforment, les images inédites qui vont apparaître en pirate, le contenu du Vault qui va être commercialisé petit à petit. Donc nous allons continuer d’avoir nos doses de « Prince de substitution », un peu comme les vampires qui boivent du true blood dans la serie du même nom. Sauf que ce ne sera jamais lui. J’ai donc peur que la desintox soit compliquée, jamais réellement définitive, ou même envisageable. Et puis… en ai je envie ?

6. Etes vous retourné à Mineapolis depuis ? Etiez vous dans le même état d’excitation que lorsque prince était vivant?

Je suis retourné rapidement a minneapolis. Moins de 5 mois après. Bien entendu l’excitation n’est plus là. Visiter Paisley Park sans se dire qu’il peut apparaître rend le lieu incroyablement vide, triste, et presque moins mystique. D’un coup on prend conscience que la peinture n’est pas parfaite a certains endroits, et que les disques d’or ont pris un coup.. Un peu comme quand vous etes dans une discotheque en pleine journée avec l’éclairage naturel, et que la magie de la nuit, avec les lumieres et le son, a disparu.

Après j’ai toujours eu une réelle affection pour les artistes de la ville, et certains groupes plus ou moins affiliés. J’aimais aller les voir quand il était vivant, même si les chances qu’il apparaisse étaient bien maigres. Donc il reste encore ce plaisir.. Mais l’excitation a laissé place a de la nostalgie. La ville accepte mieux son heros qu’avant. Il est un peu plus « présent » partout, alors que de son vivant la ville n’était pas tant que ca « touristiquement » orientée autour de Prince.

 7. Votre livre aurais pu être écrit avant la mort de prince, Auriez vous souhaité qu’il le lise?

Le statut de « fan » est totalement incompris et moqué dans notre société. Donc il est probable que j’aurai pu avoir envie d’ecrire sur le sujet. Mais je doute alors qu’un éditeur aurait regardé mon manuscrit ☺. Et peut etre que cela serait resté un article sur Schkopi.com. Le décès a ajouté un pan dans ma reflexion qui est « notre peine est sérieuse, il faut l’accepter et ne pas la moquer ». Car là encore l’incompréhension est immense. Pour ce qui est de l’artiste… J’aime me prendre a rever qu’il se faisait traduire certains des articles de Schkopi ou du forum. Qu’il me lisait mais aussi tous les fans français qui témoignaient de leur passion et de leur amour. Je pense qu’il devait avoir une vision particulière des fans. Nécessairement une reconnaissance de notre fidélité et de notre amour. Et en meme temps un regard amusé, peut etre effrayé, quand il nous voyait attendre 14 heures d’affilés, quand il remarquait  la tete des memes personnes dans tous les pays, ou quand il était confronté a des gens s’habillant comme lui ou parlant avec ses mots. Et puis nous étions sans cesse insatisfait et lire nos commentaires , (trop) souvent critiques, devait l’impacter… Mon livre est une déclaration d’amour, bien entendu qu’elle ne peut exister que si l’être aimé la lit. Ce ne sera malheureusement pas le cas.

 

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