18 novembre 2019
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À la découverte de Draumr

Interview Draumr

Qui a dit qu’il n’y avait que le Funk dans la vie ? Aujourd’hui, ouvre ton esprit et tes oreilles au groupe que je vais te présenter. Sûrement atterri d’une galaxie lointaine située bien au delà des nuages, le groupe Draumr nous offre une oeuvre naissante mais riche d’histoire que Gabriel Cheurfa, créateur du groupe, est venue me livrer il y a quelques jours de cela.

Funkidole : Bonjour Gabriel, peux-tu te présenter et présenter Draumr ?

Gabriel : Je m’appelle Gabriel Cheurfa, j’ai commencé la musique assez jeune avec la batterie, qui est mon instrument principal, puis avec le piano et la guitare, ce qui m’a amené à jouer dans plusieurs groupes depuis mon adolescence, avant de démarrer un projet plus personnel : Draumr, en 2014.
Je ressentais un besoin de m’exprimer de manière indépendante, et d’exorciser des moments difficiles de ma vie à travers la musique, sans ambition commerciale, ni d’ailleurs d’aller plus loin que d’écrire un EP.
J’ai d’abord fait la rencontre d’Igor Bolender qui est aujourd’hui le claviériste, bassiste du groupe sur scène, mais également co-producteur du projet puisqu’il est propriétaire du studio dans lequel j’enregistre et répète depuis toutes ces années.
Au départ, il m’a aidé à développer le projet, et avec le temps il a commencé à jouer avec moi sur scène. Il fait partie des personnes qui m’ont beaucoup encouragé et aidé à amener ce projet aussi loin.
Ensuite, on a trouvé notre batteur, Adrien Garbar, de façon un peu aléatoire, puisque mon manager de l’époque l’a rencontré à une terrasse de café. Mais on s’est très rapidement rendu compte qu’on avait les mêmes ambitions artistiques et professionnelles.
Et depuis le mois de septembre, on a un nouveau guitariste, Pierre Duval, membre du groupe Bel Air également. Il était venu nous voir en concert cet été et il avait adoré. On a eu un vrai coup de foudre artistique, ça a fonctionné très rapidement.

F : Pourquoi avoir choisi ce nom de groupe ?

G : C’est de l’ancien norrois. Ça signifie « dream » (rêve en français).
J’ai été affecté par un symptôme dissociatif qui s’appelle la déréalisation, ce qui a été l’inspiration majeure pour l’écriture de mes premiers morceaux. Lorsque l’on vit avec ça, on ressent un détachement permanent avec la réalité, un peu comme une perpétuelle vision hypnagogique (état de semi-conscience entre le rêve et l’éveil). Je voulais que ce projet soit ancré dans l’univers de la frontière entre rêve et conscience, cette ligne très fine qu’il peut y avoir, une source inépuisable d’inspiration.
Je suis tombé sur le mot ‘Draumr’ un jour, et en plus de sa signification, ça faisait écho a mon instrument principal, et cette étiquette de ‘drummer’ qu’on m’avait collée depuis toutes ces années.

F : Comment trouves-tu les artistes avec lesquels tu collabores ?

G : Ça démarre souvent avec un coup de coeur, et majoritairement des femmes (par pur hasard !).
Ça a commencé par la rencontre de la femme d’un ami à moi qui s’appelle Léa Chassagne. Je suis tombé complètement amoureux de son travail. Je voulais vraiment exprimer quelque chose de singulier dans mon projet, je refusais catégoriquement de faire quelque chose qui ne me ressemblait pas et qui était déjà fait, aussi bien musicalement que graphiquement. Du coup, je me tourne souvent vers des artistes qui ont cette même ambition, avec un univers hors du commun, et avec une touche de rêverie et de folie.

 

Draumr Interview

F : Et comment se déroule cette collaboration ?

G : On commence toujours par se rencontrer, échanger sur nos projets respectifs. Généralement, j’ai déjà une idée assez définie de ce que je veux. Donc je leur explique d’abord par oral brièvement, puis je leur envoie un mail, assez long, en leur racontant toutes ces histoires étranges qui entourent ma musique pour qu’ils les mettent en images. C’est très important qu’ils apportent leur vision, j’ai envie que ce soit quelque chose qui se crée à deux entités, que ce soit une vraie collaboration.

F : Est-ce qu’on retrouve cette identité graphique sur scène   ?

G : Oui, ça a été un réel challenge de transposer ça sur scène. Avec Igor, qui est aussi ingénieur et vidéaste, on voulait aller plus loin que simplement projeter des images derrière nous. On a passé ces deux dernières années à monter le show tel qu’il est aujourd’hui. On voulait mélanger l’aspect onirique et l’aspect réel. Je ne suis pas très présent sur les photos promotionnelles ou dans mon univers graphique (ou alors je suis bien caché !), l’univers visuel des clips et des pochettes est predominant. Et donc sur scène c’est un peu pareil. Je ne veux pas trop en dire plus, je laisse la surprise pour les personnes qui souhaitent nous découvrir sur scène !

Hydrangeas – Live at La Dame de Canton

✨Here's a glimpse of our last concert back in February. There is no post-production video added to the footage, this is raw (sorry for the poor video quality btw), a projection mapping technique that we use on stage that certainly hits the mark!(watch it wearing headphones for a better experience)Hope you like it 🌸

Gepostet von Draumr am Freitag, 15. März 2019

 

F : Quelles sont les histoires que tu racontes dans tes EPs ?

G : C’est assez étrange généralement, avec des backgrounds stories assez longues. Quand j’écris mes chansons, il y a bien évidemment mon histoire autobiographique derrière, mais je les romance avec des histoires plus oniriques, ou tout se déroule dans un monde parallèle, où l’on se retrouve quelque part, sans trop savoir pourquoi on est arrivé là (exactement comme dans la plupart de nos rêves). J’essaie toujours de faire en sorte qu’on puisse les lire de deux façons différentes.

F : C’est toi qui a réalisé les deux clips autour de l’EP Ethereal Mildness ?

G : Oui, Je les ai coréalisés avec Maxence Cardon, un ami à moi. Et c’est quelque chose que j’adore faire, même si ça demande beaucoup de temps. C’est un moyen d’expression qui me permet de me détacher un peu de la musique et de pouvoir raconter mes histoires de la manière la plus fidèle possible. J’espère pouvoir continuer à le faire pour mes futurs projets, il y a déjà beaucoup de choses écrites et prêtes à être réalisées.

F : Quelles-sont tes inspirations musicales ?

G : C’est toujours une question très compliquée, il y en a tellement qui m’inspire au quotidien.
Certains artistes resteront toujours avec moi : Les Beatles, Paul McCartney, David Bowie, Pink Floyd, Rolling Stones… Je me suis nourri longuement de cette époque-là, ils ont bercé mon enfance et adolescence. Mais je m’inspire surtout d’artistes contemporains, j’aime découvrir de nouvelles choses. Pour en citer quelques-uns : Ariel Pink, Connan Mockasin, Panda Bear, James Blake, Drugdealer, Grouper… Et plus récemment : Men I Trust, Khruangbin, Weyes Blood…

F : Et au niveau cinématographique ?

G : Je suis un grand fan du réalisateur Japonais Akira Kurosawa, mon père m’a montré la plupart de ses films très jeunes, et j’ai été marqué à vie. Un des derniers films qu’il a réalisé avant de mourir, s’appelle ‘Dreams’, il s’agit d’un de mes films préférés.
Michel Gondry, Jean-Pierre Jeunet, Sam Raimi, Steven Spielberg, Terry Gilliam, Tim Burton, Ridley Scott… Tous ces réalisateurs font partie de ma vie, ils m’ont et me feront toujours rêver.

F : Pourquoi avoir d’abord sorti deux EPs avant d’écrire ton premier album ?

G : C’était stratégique, déjà il y a quatre ans, je savais que j’allais sortir deux EPs avant l’album. C’était important pour moi de me chercher musicalement et de trouver où je voulais aller. J’aime bien les formats (EP, Single, Album), aujourd’hui plus personne n’écoute les albums en entier. Mais j’étais sûr de vouloir en sortir un, pour pouvoir raconter une longue histoire, mais je n’étais pas encore très à l’aise avec ce que je faisais et j’avais envie d’expérimenter un maximum avec les genres et les ambiances.

J’avais envie d’explorer pleins d’univers et je pense que ça se voit un peu à travers mes chansons, j’aime sortir de ma zone de confort, tester de nouvelles choses selon mes nouvelles inspirations.

F : Et comment sera le nouvel album ?

G : Il est trop tôt pour en parler, l’enregistrement est terminé, tout ce qui entoure la sortie est écrit, mais ça va prendre encore un peu de temps avant d’être prêt. J’ai hâte de pouvoir en dire plus, mais je préfère encore faire patienter un peu !

F : Afin de mieux découvrir ton univers musical, je vais te faire écouter quelques titres sur lesquels je te laisserai réagir

G : Ce morceau est magique, hors du temps. Je ne l’avais pas écouté depuis longtemps, mais je me rend compte que les voix et leur traitement dans cette chanson ont probablement été une énorme influence pour mon univers musical.

 

G : Mon adolescence a été bercée en partie par ce groupe. Ce qui me plaît le plus chez Velvet Underground, c’est le paradoxe entre la douceur de leur musique et leur personnalité assez destructrice et dépressive. La musique d’un artiste révèle toujours sa vraie personnalité.

 

G : Billie Eilish ? Je n’écoute pas, mais je reconnais car quelqu’un m’en a parlé l’autre jour. Ça a l’air d’être une fille très talentueuse pour son jeune âge. Il faudrait que j’écoute plus attentivement, mais c’est super bien produit. Je comprends pourquoi les gens l’aiment, mais ça n’est pas ce que j’écoute en ce moment ni en général.

 

G : Air est devenu une très grosse influence avec le temps. Quand j’ai commencé le projet, je connaissais très peu ce groupe. Tout le monde me disait que c’était le groupe dont je me rapprochais le plus, et que je devais être un fan de la première heure, alors qu’à l’époque pas du tout ! À force je me suis plongé dans leur oeuvre et j’ai adoré. Ce qui me plaît le plus chez eux, c’est qu’ils n’ont pas peur de faire des morceaux instrumentaux, et longs. C’est très cinématographique. Ils n’ont aucune limite, aucune règle. Chaque album est un voyage, une pause dans le temps. J’ai eu la chance de pouvoir travailler il y a deux ans avec Stéphane ‘Alf’ Briat qui a travaillé également sur tous leurs albums. Ça a été un immense honneur.

 

G : C’est Julee Cruise dans la BO de Twin Peaks. Cette soundtrack est une influence qui est venue assez tard. Twin Peaks soit les gens adorent, soit les gens détestent. Moi je suis fan, et c’est aussi passé par la musique ! Le score d’Angelo Badalamenti est intemporel, et les sonoritiés des nappes de synthés des années 90 sont un délice pour les oreilles.

 

G : Je ne connais pas, c’est qui ?

F : Brigitte Fontaine

G : Je vois qui c’est mais je n’écoute pas vraiment. Le seul lien que j’ai avec elle c’est de l’avoir croisé dans les couloirs d’un studio. J’ai écouté ce qu’elle faisait et je me souviens avoir beaucoup aimé sa voix.

 

G : Je ne me souviens plus du titre mais j’aime beaucoup. Le jazz c’est une échappatoire pour moi. J’en écoute à chaque fois que je suis en voiture. C’est un terrain éloigné de ce que je fais habituellement, donc je me laisse aspirer, je réfléchis assez peu et me laisse porter.

 

G : Ha c’est Prince, Controversy ! J’adore ! Pour moi c’est un des meilleurs titres pour danser. Prince était l’un des meilleurs performers de l’histoire.

 

G : C’est Shine on you Crazy Diamond ! Une très grande influence qui m’a suivi. Pink Floyd reste un groupe qui s’attache et s’ancre en moi. Je suis un peu moins fan des travaux de l’époque avec Syd Barrett. Pour moi tout commence vraiment à partir de l’album Meddle qui est un de mes préférés de tous les temps. J’aime le fait qu’ils n’aient pas peur de faire de longs morceaux, qu’ils racontent une histoire avec des thèmes qui reviennent sur un même album, et l’experimentation avec les machines, les samples, les détails. Dark Side of The Moon est un album de chevet et ça n’est pas pour rien qu’il reste aussi adulé encore aujourd’hui. J’ai eu la chance de voir Roger Waters en concert plusieurs fois, avec The Wall et sur le Us & Them Tour, c’est à couper le souffle.

 

G : Ça fait parti des artistes que j’écoute assez peu, mais j’aime beaucoup les sonorités de synthés analogiques et des percussions des années 80, je m’en rapproche légèrement dans mon prochain album.

 

Playlist disponible sur Spotify

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Entre rêve et réalité, entre génie et pure sincérité, nous attendons tous avec impatience le premier album du groupe qui est prévu pour 2020.

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