19 octobre 2018
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Interview – Retour sur les 25 ans de carrière de Peter Kitsch

Peter kitsch interview

J’ai pas mal réfléchi à comment je devais te faire découvrir Peter Kitsch. J’ai d’abord pensé faire une revue de l’album Pete à l’inter, mais ça n’aurait pas vraiment représenté l’artiste dans sa globalité. Et puis j’ai réfléchi, et je me suis demandée ce qui m’avait le plus touché, ce qui m’avait fait passer du statut de simple auditrice à celui de fan aux comportements parfois étranges. Et j’ai compris que ce pourquoi je suis fan de Peter Kitsch est très proche de ce pourquoi je suis fan de Prince. C’est parce que chaque album est si particulier et qu’il se montre talentueux dans chaque style de musique qu’il touche. Alors j’ai décidé de te présenter la carrière de Peter Kitsch, et de mettre en lumière ce qui fait de lui un vrai artiste. Et pour donner plus de croustillant à tout ça, je l’ai rencontré et ai fait en sorte qu’il te raconte ça lui-même.

Peter Kitsch
Peter Kitsch

L’interview de Peter Kitsch

Peter Kitsch sort son premier album en 1994. Signé chez Sony, il enregistre Pete à l’inter dans les célèbres studios de Paisley Park. Il rencontre alors le succès grâce au titre Dad Laisse Moi Conduire la Cad’, dont le clip a été réalisé par Michel Gondry.

On te découvre avec ton premier album, tu as 20 ans, des pantalons pattes d’eph, et un palmier de cheveux bouclés sur la tête. Tu rêves de conduire la Cadillac de ton papa qui, si je ne me trompe pas, est également dans la musique puisqu’il joue dans la comédie musicale Hair. Pierre-Francois, tu décides de te faire connaître sous le nom de scène « Peter Kitsch », et à l’époque, ça te colle parfaitement à la peau. Aujourd’hui, ce nom traduit il encore la vision que tu as de toi, ou est-il un point de repère qui indique d’où tu viens ? 

Lors de la sortie de mon premier album, le groupe s’appelait Peter and the electro kitsch band. L’idée, c’était que le nom de notre groupe soit imprononçable et que les présentateurs télé et radio se gourent en le disant. À l’origine, je souhaitais changer de nom de groupe pour chaque album, on avait l’idée de s’appeler Hurricane Bob et les têtes balaises. Et puis finalement j’ai gardé Peter Kitsch car les gens me connaissaient déjà sous ce nom.

Mais les fringues années 70 ne me représentaient pas si bien que ça, c’était l’idée de départ car j’ai grandi dans cet univers-là, mais quand je suis revenu d’Amérique, j’avais découvert le style très américain et j’avais un peu envie de changer d’idée en cours de route. 

Dans tes deux premiers albums, on ressent fortement l’influence de deux artistes que j’aime beaucoup : Prince et Gainsbourg. Que représentaient ces deux hommes pour toi à l’époque et que représentent ils pour toi maintenant ? 

Prince était la référence musicale, alors que Gainsbourg, c’était plus pour les paroles. Je reprenais aussi un peu son style parlé que j’avais bien aimé dans mon enfance. Et puis j’ai toujours beaucoup aimé ses textes avec beaucoup de second degré, de jeux de mots, etc. Je préfère ça à des textes très premier degré comme peut le faire Christophe Maé. 

Ces deux artistes-là sont toujours mes références aujourd’hui, même si depuis j’ai aimé d’autres artistes : R Kelly, New Order (un groupe de rock blanc), mais en général, je suis plus attiré par la musique Black Américaine.

Comment as-tu réagi à la mort de Prince ?  

Peter Kitsch à Paisley Park
Peter Kitsch à Paisley Park

C’était atroce, d’abord parce qu’on ne s’y attendait pas du tout. Et puis quand je compose je me demande toujours si ça lui plairait donc le fait qu’il meure… C’était comme si mon père mourrait. Je crois que c’est la première fois que je pleurais pour un artiste qui est mort. 

Et puis j’ai plein de souvenirs, comme quand je suis allé à Paisley Park. j’ai pu entrer dans la salle du Vault, c’était un super grand coffre-fort avec plein de bobines d’enregistrement. J’étais super impressionné car il y avait plein de titres que je ne connaissais pas, alors que normalement je connaissais vraiment tous les titres de Prince. 

Dans une bonne lancée, Peter Kitsch sort un second album deux ans plus tard. En duo avec Olivia, il monte sur les plateaux télé pour défendre le titre ABC Pour Casser, et ça cartonne !

D’où te vient cet attrait pour l’univers futuriste et le Japon (que j’associe peut-être de façon erronée) qu’on peut voir dans ton album I evoL uoY et dans le personnage de Wadey Nara ? 

Oui, c’est lié, bien sûr. Je lisais des mangas, j’ai lu toutes les BDs Ghost in the Shell, j’ai toujours été fasciné par l’univers japonais. Et puis j’aimais beaucoup Goldorak aussi à l’époque, ça a aussi été cristallisé avec le clip des Daft Punk qui a été fait par le dessinateur de l’animé. 

Donc, oui, c’était à l’origine du concept d’images de l’album. Wadey a également fait un titre en collaboration avec Genki Rockets (une artiste virtuelle), elle a fait la version francaise du titre Heavenly Star. 

Des nouveaux projets pour Wadey ? 

Oui, bah en ce moment elle fait des Feat de Rap. Il y a également le titre l’amour court les rues qui est sorti l’année dernière et qui est beaucoup passé en radio. Et puis pour le prochain album, ça sera un truc moins électro, plus acoustique avec des guitares, des violons aussi. 

Je ne crois pas me tromper en disant que les femmes occupent une place importante dans tes différents albums. Autrefois, tu étais vu aux cotés d’Olivia et maintenant aux côtés de Wadey Nara. Que représentent-elles pour toi et pourquoi sont elles si importantes ? 

En fait, c’est parce que je ne suis jamais très inspiré par moi-même, et ce n’est pas de la fausse modestie. C’est aussi pour ça que j’aime écrire pour les autres, pour Nadiya, Nathalie Cardone, pour Wadey Nara, pour la chanteuse canadienne Lisa Bissonnette aussi. 

Lisa, c’est elle qui m’a contacté, car elle voulait faire des trucs Dance, et vu que je venais de travailler avec David Guetta, ça m’a amusé d’écrire pour elle. Mais le problème, c’est que ce qu’on a fait ne convient pas à tous, car c’est soit pas assez Dance soit trop commercial. Mais ceci dit, il y a encore un remix qui va sortir de come 2 me. C’est un titre qui a été remixé par David Guetta et par un nombre invraisemblable de DJs. Mais ça foire à chaque fois, peut être que la prochaine fois sera la bonne.

Après le succès de I Evol Uoy, Peter Kitsch se plonge dans plusieurs collaborations avec des artistes de renoms. 

Après ton deuxième album et le succès qu’il a rencontré grâce au titre ABC pour casser en 1997, tu ne sors plus d’albums pendant 13 ans. Pourquoi cette pause ? 

Durant cette période, je me suis plus tourné vers l’écriture pour les autres. J’ai fait des trucs pour David Guetta, pour Nadiya. J’ai aussi sorti Number 1, donc c’est pas comme si j’étais vraiment resté silencieux pendant tout ce temps.

J’ai également fait un titre avec Nathalie Cardone, qui s’appelle Comme des Anges, c’était super, on a enregistré en studio avec des bougies partout, c’était extraordinaire. Mais on s’est engueulé et j’ai choisi Marie-Amélie Seigner pour chanter la chanson. C’était un peu un plantage, car ce qui marchait, c’était de chanter la chanson avec Nathalie. Et donc pas d’album bien sûr…

Un an après j’ai resigné chez EMI, où j’ai fait le titre l’amour est un missile. Le problème c’est que petit à petit le label a disparu en plein milieu de la promo, donc on a dû continuer nous-même avec la société Club Rock Label. Et puis le titre commencait à passer sur pleins de radios et à la télé. Donc j’ai continué sur cette lancée et en 2010 l’album Blatz est sorti, il est en parti composé d’anciens titres comme Boy VS Girl qui est beaucoup passé sur NRJHit, pleins de chaînes télé et plein de radios. Le morceau Freak Mixtape (Fashion Freak) avait bien marché aussi. Je me suis donc dit qu’avec tous ces titres on pouvait faire un très bon album et le sortir sur le label.

Tu as collaboré avec pas mal d’artistes très connus, Nadiya, Muttonheads, David Guetta, quelles sont les collaborations qui t’ont le plus marqué ? 

La collaboration que je préfère, c’est Higher avec David Guetta. J’avais écrit cette chanson en revenant de New-York. Là-bas, j’avais été voir les messes dans les églises Gospel du Bronx. Et j’ai été super touché, j’ai compris d’où venait la musique que j’aimais, mais j’ai aussi compris que jamais je ne pourrais faire ce genre de musique. Mais en rentrant j’ai tout de même fait un morceau Gospel que David Guetta a adoré et qui a été chanté par Chris Willis. Les Anglais l’ont tellement aimé que sur ce pressage CD, le titre est en premier.

En 2016, Peter Kitsch sort l’album Pour qui sonne le glamour, un trésor Funk à absolument écouter. 

Tu ne commercialises plus tes disques en support physique, est-ce une nécessité économique ou un choix par rapport à l’industrie de la musique actuelle ? 

La réalité, c’est que je suis tout seul avec mon label, j’ai un contrat de distribution international avec Believe Digital, donc tout sort en digital. Ça permet de ne pas coûter très cher au label, contrairement aux CDs. Et puis les disques de toute façon, je ne sais pas trop qui les achète aujourd’hui, à part si tu as une grosse promo dernière mais sinon… Mais oui, j’aimerais bien sortir des disques avec un partenariat TF1, mais la musique que je fais ne correspond pas forcément.

Peter kitsch

Tu n’as jamais fait beaucoup de concerts, et avec les albums que tu sors aujourd’hui, ça peut se comprendre ; mais si demain, tu décidais de faire un album plus acoustique est ce que l’envie te viendrait de partir en tournée ? 

Non, je pense que je suis plus un créateur. Et puis l’occasion ne se présente pas vraiment, je préfère placer mon énergie dans la création des chansons, des textes, voire des clips, mais pas vraiment dans les concerts. En plus, je ne pense pas que ça ait un réel impact, on ne se fait pas connaître en faisant des concerts, au même titre qu’on ne se fait pas connaître sur internet, du moins, sans un investissement en communication assez conséquent. Mais j’en ferai sûrement un jour, qui sait !

Comme j’ai déjà pu le dire, tu as collaboré avec David Guetta, que je considère comme l’un des artistes les plus talentueux sur le plan du marketing. Que penses-tu du Marketing dans le monde de la musique ? (aimerais-tu plus prendre en compte ce levier?)

Oui bien sûr que j’aimerais avoir le même marketing que David Guetta. Mais déjà, à l’origine, il faisait du marketing sur ses soirées avant même de le faire avec sa musique. Donc c’est plutôt son truc le marketing. Et puis, il a également beaucoup plus de moyens financiers. Mais je suis ne pas contre le Marketing. Moi, je porte le concept visuel, et musical, mais la vente c’est vraiment pas mon truc. C’est pour ça que je reprends un peu contact avec les maisons de disques en ce moment, avec des collaborations. Parce que ça ne m’amuse pas forcément d’avoir mon petit label dans mon coin. 

Dernière actualité en date, Peter Kitsch sort le single Burn Out accompagné d’un clip vidéo. 

J’ai été assez surprise en écoutant le titre Burn Out (tu croyais quoi ?) , c’est un morceau qui est très différent de tout ce que tu as pu faire auparavant. Comment t’est venue l’idée de faire ce titre ? 

Je suis un peu sorti de ma zone de confort. Je voulais innover avec les nouveaux codes de rap et de Hip-Hop. Donc ça peut donner un truc un peu choquant à première écoute et puis finalement, tu t’aperçois que c’est hyper groovy et que ça rejoint plutôt ce que je faisais au tout début. Dans mon entourage beaucoup de personne m’ont dit « mais c’est pas toi », alors que si c’est vraiment moi au contraire.

Tu prépares actuellement un album plus Pop et plus Rock, est ce que tu peux nous en dire plus ? 

Dans l’album que je prépare, j’ai vraiment un pied dans le style Pop Rock, j’ai des trucs très funky, et puis j’ai ce côté Rap qui m’intéresse vraiment. Je le fais à ma façon et ça permet vraiment de faire de nouvelles rimes. Dans le titre Burn out, je peux raconter cette histoire vraiment différemment que si j’avais fait un truc funky ou rock. Et puis c’est un peu la musique du moment aussi, c’est important. Tu vois par exemple, j’ai écrit un titre qui s’appelle Alaska et qui est un titre assez rock, mais je ne l’ai pas sorti parce que je me suis dit que ça n’était pas le moment.

Le Blind Test de Peter Kitsch

Pour finir l’article en beauté, je te propose quelques réactions de Peter Kitsch face à des morceaux emblématiques.

MORE BOUNCE TO THE OUNCE

Oui alors ça c’est quand même la référence de la talk box, même si assez bizarrement, c’est pas lui qui m’a fait découvrir cet instrument, c’est plutôt Stevie Wonder et Johnny Guitare Watson. Puis, c’est un mec de Paisley Park, Dave Friedlander, qui m’a appris à jouer. 

Delirious 

Haha tu me passes du Prince qu’est ce que tu veux que je dise ! Je pense qu’il a toujours voulu à la base faire comme James Brown avec les cuivres etc, et comme il avait pas trop les moyens il faisait avec la boite à rythme. Du coup ça a donné un style nouveau finalement. 

You remind me of something 

C’est mon chanteur préféré, après Prince. Je suis trop fan de R Kelly, j’adore sa voix, ses compos. Et c’est marrant parce que, dans ses paroles, c’est super deuxième degré, c’est ça qui est bien. 

No Diggity 

Oui, ça, c’est BlackStreet avec Teddy Riley. C’est un super producteur, il avait fait un album de Michael Jackson aussi. Et il y a une super chanson gospel que j’adore à la fin de l’album qui s’appelle The Lord Is Real.

Superfresh

Jamiroquai j’ai bien aimé, j’ai beaucoup écouté, mais a chaque fois que je suis allé le voir en concert, je me suis trop fait chier, du genre à partir en plein milieu, et c’est bizarre parce que ça m’arrive rarement. En fait ça groove pas en vérité, je pense que c’est un peu un phénomène de mode ce Jamiroquai. Même quand je réécoute ses disques maintenant je m’ennuie. 

Get lucky 

J’adore Daft Punk. Leur premier album était totalement électro, avec des samples, c’était super innovant. Et puis là, ils arrivent avec des trucs complètement joués et avec tous les gens qu’on aime bien, du funk et tout ça. C’est vraiment super.

En relisant ta lettre 

Oui, c’est cette chanson qui m’a inspiré pour écrire ABC pour Casser. En relisant ta lettre, m’a aidé pour le refrain « une lettre ne suffit pas » une lettre de l’alphabet, mais aussi une lettre postale.

Who’s loving you 

Il a écrit de super beaux morceaux, mais je crois qu’on l’a un peu trop comparé à Prince alors qu’en fait, il est pas du tout comme lui. Et j’ai une anecdote en plus, c’est que quand il est venu à Paisley Park, Prince disait qu’il jouait en clé de H.

Mothership connection 

Oui je l’ai vu plein de fois George Clinton, mais tu vois aujourd’hui, j’arriverais pas à faire cette musique-là. J’adore, mais je m’ennuierai au bout d’une heure.  

Have a Talk With God 

Stevie Wonder, y a une vidéo d’ailleurs où il joue avec Prince. C’est marrant parce qu’ils jouaient tous les deux le thème de Superstition, et chacun le jouait avec son groove à lui, et ça, c’était super étrange et extra. 

Let’s get it on 

Ça, c’est ce que j’écoutais quand j’avais 15 ou 16 ans. Parce que mon père me ramenait des disques de Formidable Rythme and Blues. C’était des vinyles avec des compiles de tous ces chanteurs. Et j’ai fait les samples de mon premier album sur ces vinyles. J’avais aussi des pirates de Tina Turner. 

Finesse 

Super, il est très fort Bruno Mars, à un moment il a refait le solo de guitare de Purple Rain, c’était bluffant. 

Make me feel

J’ai bien aimé, c’est très rare que quelqu’un réussisse à faire quelque chose dans le style de Prince sans que ça fasse trop Prince et que ça soit bien réussi. D’ailleurs, c’est ce que j’essaie de faire depuis 20 ans (JOKE). Après ce qui est dommage, c’est qu’elle n’est pas vraiment sexy. Par exemple, Apollonia chantait beaucoup moins bien mais elle avait vraiment un truc super sexy que Jannelle Monae n’a pas. Mais le titre est époustouflant, avec le passage de guitare qui reprend un peu celle de Kiss mais de manière plus actuelle.

Shit Damn Mother Fucker 

Il avait sorti un super morceau avec un clip, How Doest It Feel, et puis quand Prince est mort, il a fait une super reprise de Sometimes It Snows In April. Mais je ne l’ai jamais vu en concert donc je ne sais pas ce que ça peut donner.

Retrouve la Playlist du Blind Test sur Spotify

Peter Kitsch et les réseaux sociaux :

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Instagram : https://www.instagram.com/peterkitsch/

Twitter : https://twitter.com/peterkitsch?lang=fr

 

Merci à Peter Kitsch pour sa bonne humeur et sa sincérité

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